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« […] il avait porté son Art à une telle perfection, que le plus souvent, ce qu’on aurait jamais osé espéré, devant les Places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de monde que les Assiégés. C’était là son but principal, la conservation des Hommes. Non seulement l’intérest de la guerre, mais aussi son humanité naturelle les lui rendaient chers. Il leur sacrifiait toujours l’éclat d’une conquête plus prompte, et une gloire assez capable de séduire, et, ce qui est encore plus difficile, quelquefois, il résistait en leur faveur à l’impatience des Généraux, et s’exposait aux redoutables discours du Courtisan oisif. »
Fontenelle, Eloge du Maréchal de Vauban
Né
en 1633 à Saint-Léger-de-Foucherets (Yonne), Vauban est le plus
connu de tous les ingénieurs militaires français. Paradoxalement,
il commence sa carrière en affrontant les armées de Louis XIV.
Issu de la petite noblesse, Vauban s'engage à 17 ans dans les troupes
du prince de Condé, lors de la Fronde. Prisonnier des troupes royales,
il est vite remarqué par Mazarin qui accorde un brevet de lieutenant.
Il a alors 20 ans.
Formé par l'ingénieur militaire de Clerville, Vauban participe
comme officier d'infanterie à 14 sièges au cours desquels il est
blessé plusieurs fois. Ingénieur ordinaire du roi en 1655, il
est chargé, en 1662, de fortifier la ville de Dunkerque.
Nourri de cette expérience, Vauban va réfléchir aux procédés
de l'attaque des places qui lui semblent trop coûteux en hommes et va
privilégier le rôle du canon par rapport à la mine. De même,
en théoricien de la fortification, il va en améliorer les règles
préconisant l'adaptation du tracé bastionné au terrain
et l'échelonnement de la défense en profondeur.
En 1667, sa réputation de preneur de villes est établie lors des
sièges-éclairs de Tournai, Douai et Lille. Le roi lui confie l'édification
de la citadelle de Lille dont il sera le gouverneur en 1668.
Avec
la guerre de Hollande en 1673, Vauban exhorte le roi à faire «son
pré carré», c'est-à-dire à réduire
le nombre de ses places pour ne conserver que les plus fortes qui ne sont pas
isolées en territoire ennemi.
Le siège victorieux de Maastricht en juin 1673 lui donne l'occasion d'illustrer
sa nouvelle méthode d'attaque des places avec l'emploi du tir à
ricochet et des parallèles. Cette méthode économise la
vie des soldats et des ingénieurs.
Vauban estime que la place forte doit commander le terrain environnant, pour
permettre des observations tactiques et empêcher les tirs plongeants de
l'ennemi. Il conçoit des ouvrages épais, renforcés par
d'importants volumes de remblai, maintenus par des maçonneries à
l'épreuve des tirs. Il prévoit des remparts munis de bastions
convenablement espacés pour éviter des tirs flanquants, protégés
par des contregardes et par des ouvrages échelonnés en profondeur.
Brigadier en 1677, il est nommé Commissaire général des fortifications en 1678. Vauban parcourt la France en tous sens, pour conduire des sièges, entretenir ou construire des fortifications sur les zones côtières et méridionales, tout en surveillant les travaux des places du Nord et de l'Est récemment conquises. Sa fonction fait de cet homme curieux et observateur, un excellent témoin de la France de Louis XIV.
Elevé à la dignité de Maréchal de France le 14 janvier 1703, cette distinction vient couronner une carrière entière passée au service de son pays et de son roi. Mais il n’est plus en première ligne, ni auprès du roi, ni au combat.
Archétype
de l'honnête homme du XVIIe siècle, il rédigera de nombreux
écrits portant sur les sciences, l'économie, l'agriculture ou
la stratégie dont les fameuses Oisivetés. Il est l’un des
rares Catholiques à s'opposer au roi lors de la révocation de
l'Edit de Nantes (1685) dont il souligne les conséquences catastrophiques
pour l'économie. Il se préoccupe d'analyser les remèdes
à la misère du peuple et les conditions économiques du
maintien de la puissance française.
En 1707, il édite le Projet de dîme royale, où il propose
le remplacement des taxes existantes par un impôt unique de 10% du revenu,
pesant sur tous. L'ouvrage est interdit et Vauban est disgracié.
Vauban participe encore à quelques sièges en Alsace et dans le Nord, mais épuisé par une bronchite chronique et par la fatigue d'une carrière passée sur de mauvaises routes et dans le fracas des combats, il s'éteint le 30 mars 1707 à Paris. Il sera enterré à Bazoches près de Vézelay. Le 28 mai 1808, son cœur sera transporté aux Invalides à Paris où il repose parmi les plus grands maréchaux de France.